Feu la mère de Madame de Georges Feydeau

Voici Feydeau, l’incontournable ! Quatre comédiens, une chambre de style bourgeois, une sonnerie tardive… et la machine du théâtre s’emballe…

feydeaumf01L’intrigue commence dans la chambre à coucher d’Yvonne, à quatre heures du matin. Le mari d’Yvonne, Lucien, déguisé en Louis XIV, revient du bal des Quatz’arts où la soirée a été bien arrosée. Comme il a oublié sa clé, il lui faut sonner, réveiller sa femme en sursaut. Aussi, avant de pouvoir se coucher, malgré ses efforts de discrétion contrariés par de multiples maladresses, doit-il affronter ses fureurs. Elle lui reproche de n’être qu’un barbouilleur puisqu’il ne vend aucune toile. Lui, se déclare heureux du bal où les modèles nus étaient à l’honneur. L’une d’entre elles, qui, dans le spectacle, jouait Amphitrite, l’a émerveillé. Yvonne ignore qui est Amphitrite, qu’elle confond avec une maladie intestinale, mais ce modèle nu ne lui dit rien de bon. Sa jalousie tourne à la crise de nerfs lorsque Lucien, excédé, lui dit qu’elle a  » les seins en porte-manteau « . Yvonne, vexée, fait participer Annette, la bonne, à la discussion. Mais on sonne, c’est Joseph, le nouveau valet de chambre de la mère de Madame. Il apporte une triste nouvelle : elle est morte…

Monter Feydeau faisait partie de mes plus grands fantasmes artistiques. Probablement parce que j’aime les histoires bien ficelées, probablement aussi parce que j’aime entendre ce silence des foules suspendues à l’éclat de rire.
Je voulais comprendre comment fonctionne la « machine » d’une comédie, apprendre à saisir « l’instant » fatidique qui, au détour d’un quiproquo, d’une phrase ou d’une gaudriole, engendre l’hilarité. Rien n’est plus sérieux qu’une comédie, et c’est avec une rigueur sportive et quasi arithmétique que nous avons traqué la justesse du rythme et chorégraphié ces multiples séismes situationnels dont regorge l’oeuvre de Feydeau.

Toute l’histoire de Feu la mère de Madame tient déjà dans le titre, comme si son auteur avait malignement essayé de nous gâcher la surprise. C’est donc que l’enjeu est ailleurs. Pas dans la fiction, non, mais dans la virtuosité de son déploiement. En somme, la fiction est un prétexte pour créer du théâtre… Et c’est ainsi qu’au fil des répétitions, le « théâtre » lui-même est devenu la star omniprésente de notre adaptation. J’ai voulu voir l’auguste, le clown blanc, et ces ressorts invisibles qui les propulsent au devant de la scène. J’ai voulu voir ces caricatures et rendre hommage à leur ingénierie.

Et puis il y a cette distance de l’humour, nécessaire pour ne pas dire cathartique, au regard des hasards auxquels nos existences sont soumises et de cette lutte effrénée pour garder le pouvoir.

C’est inutile, et de fait, diaboliquement drôle. Ce regard amusé du public sur ces êtres livrés à l’absurdité, j’ai voulu en laisser une trace dans la mise en scène. Le théâtre s’exhibe, et sa réalité patente oppose aux personnages l’état et la nécessité du comédien.

On joue des codes théâtraux, le miroir se tend, et l’incroyable efficacité dramatique de Feydeau touche sa cible.

Solène Castets

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Mise en scène : Solène CASTETS
Décors : Christian CASTETS
Avec : Camille ALLARIA/Solène CASTETS, Margaux BOREL, Raphaël GIMENEZ et Ken MICHEL

Prochaines dates :

À 20h30 au Théâtre du Carré Rond
ven 19 fev 2016 – sam 20 fev 2016
ven 19 fev 2016 – sam 20 fev 2016

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