Antigone de Jean Anouilh

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Un jour on croise Antigone. Dans un livre, dans un mythe, sur les planches ou en nous-mêmes. Elle apparaît comme un souffle, une flèche qui vient de loin, d’un refus, d’un espoir aussi. Elle se trouve dans un choeur d’adolescents, dans un soir de dégoût, ou dans un matin où l’on croit tout à coup qu’enfin le rêve serait possible. Antigone, c’est un peu comme ce cri muet que chacun a poussé un jour lorsqu’il s’est vu grandir.

ANTIGONE-MILLE-FEUILLE-16Sur les ruines de son propre mythe, au-delà des époques, à travers les frontières – pourquoi la petite Antigone décide-t-elle de mourir ? C’est dans cet écartèlement entre héroïsme antique et nihilisme moderne que se déploie toute la puissance de la tragédie. Antigone ne peut plus invoquer les dieux, l’honneur ou la morale. Face au vide, face à la propre incohérence d’un monde fait de choix, de désillusion et de compromis, elle se réfugie à jamais dans le creux de l’enfance. Et le théâtre joue, et le théâtre chante, et le théâtre rit, acide et décalé, car en effet l’espoir est vain. Fatalement, chacun de nous doit jouer son rôle, muré au sein de ses propres failles.

ANTIGONE-MILLE-FEUILLE-2C’est une histoire simple au fond, universelle, évidente. Sur scène, une contrebasse, noire. Désert – océan. Une ritournelle au loin, et quelques cloches brisées. Le chœur des comédiens, ombres fragiles, s’avance.
Le silence accueille le spectateur. La cérémonie du théâtre antique est en train de s’achever. Que reste-il de ces rituels ensevelis, de la force légendaire d’Antigone ? Des statues de sel, des couleurs, la voix d’une petite fille. Et cela commence.

DSC_0006Les costumes sont singuliers, intemporels. Il n’y a pas de pays précis, pas de repères familiers. On peut aussi bien voir l’été ou l’hiver. Rien ne permet de décider vraiment de l’endroit ou du moment où cela se passe. Un hors-temps sans limite donc, à l’image des mythes voyageurs. Du sable, simplement, comme trace ou mémoire, mais encore vierge des tempêtes qui passeront tout à l’heure. Entre poésie et sensualité, les personnages prennent vie. ANTIGONE-MILLE-FEUILLE-42L’adresse est précise, concrète, au service d’une simplicité fluide et sans concession, à l’image du style de l’auteur.  Seuls comptent la nervosité des enjeux contraires des personnages. Il n’y a pas d’accessoires. Mais juste la violence de la fatalité existentielle. Les jeux de mimes, les ombres chinoises déformées, les corps des comédiens, les choeurs et les instruments de musique distendent la réalité, enveloppant  l’intrigue dans un univers libre d’évocation et de symbole.

Du rire amer à l’émotion la plus vive, de la distance à l’empathie, le spectateur est balloté sans concession, touché de plein fouet par cette vérité terrible dont nous parle Anouilh. Et c’est justement parce que le jeu est si simple, les paroles si évidentes, les échanges si vrais, si près de l’enfance, que paradoxalement, ils  deviennent si cruels. Antigone est éternelle, parce qu’elle nous parle de nous, de notre drame, de notre perte.

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«  Ainsi va la houle en mer
Poussée par les vents violents de Thrace
Elle parcourt la nuit marine
Du fond des abîmes
Elle roule le sable sombre que soulève le vent
Les falaises
Heurtées par les flots
Grondent et rugissent »
Antigone, Sophocle

ANTIGONE-MILLE-FEUILLE-3Mise en scène : Maïlys Castets
Avec : Solène Castets, Maïlys Castets, Stefano Fogher, Ken Michel, Christina Pontet, Malou ReynaudANTIGONE-MILLE-FEUILLE-36
Création musicale : Stefano Fogher
Lumières et costumes : Hélène Reynaud

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